Un revirement de 2 millions de barils par jour
Le 24 février 2026, le système de transport pétrolier russe a subi un revirement opérationnel : 2 millions de barils par jour de pétrole brut, précédemment destinés à l’Inde, ont été déviés vers la Chine via des supertankers VLCC (Very Large Crude Carriers) de 2 millions de barils. Ce transfert, enregistré par Vortexa et Bloomberg, a impliqué le nœud de Kaleykino, un centre de mélange clé pour le pétrole brut Oural. Les données satellitaires montrent que les VLCC, partant des ports occidentaux russes, transfèrent la cargaison en haute mer dans le golfe de Suez avant de se diriger vers la Chine.
Cette décision n’est pas fortuite. Les VLCC, dont le coût de construction dépasse 100 millions de dollars, réduisent les coûts de transport de 15 à 20 %. Cependant, ils nécessitent des ports avec une profondeur minimale de 15 mètres, limitant les options de déchargement à quelques localités chinoises telles que Dalian et Shanghai. Ce transfert logistique révèle une stratégie à long terme : la Chine, avec 30 % des importations de pétrole russe en 2025, consolide une alternative à la voie traditionnelle via l’Inde.
Anatomie du système de transport russe
Le système de Transneft, géré par l’État russe, a une capacité totale de 1,4 million de barils par jour via le réseau Druzhba. La rupture de 25 % de la capacité à Kaleykino a forcé le recours à des solutions maritimes. Les VLCC, exploités par des sociétés comme CNOOC, nécessitent 30 à 45 jours pour compléter le tour complet de Primorsky à Shanghai. Chaque navire prend 12 à 15 jours uniquement pour le transit du canal de Suez.
La logistique a des implications concrètes : le temps de chargement en Russie est réduit de 48 à 24 heures grâce à l’utilisation de pompes haute pression. Cependant, le risque de collision augmente de 30 % dans les eaux du golfe de Suez, où les VLCC occupent 18 % du trafic. Ce transfert a déjà généré une augmentation de 12 % des coûts d’assurance pour les navires, constatée par Lloyd’s Register.
Qui paie et qui gagne
CNOOC, avec une flotte de 12 VLCC dédiés au pétrole brut russe, a enregistré une augmentation de 22 % de ses revenus au quatrième trimestre 2025. Son homologue russe, Rosneft, a vu ses coûts logistiques diminuer de 15 %. À l’inverse, les raffineries indiennes de Reliance Industries et Essar ont perdu 450 000 barils par jour de pétrole brut russe, avec un impact estimé à 200 millions de dollars par an. Cela a forcé l’Inde à renégocier des contrats avec l’Arabie saoudite, avec une augmentation de 18 % des prix d’achat.
Les ports de Mumbai et Kochi, précédemment adaptés au transbordement, ont vu leurs opérations de chargement diminuer de 35 %. Cela a généré un excédent de capacité inutilisée, avec des coûts de maintenance imprévus dépassant 50 millions de dollars par an. La Chine, quant à elle, a accéléré la modernisation des terminaux de Dalian, avec un investissement de 800 millions de dollars pour augmenter la profondeur des quais.
Indicateur à surveiller
Cette reconfiguration logistique n’est pas un événement isolé, mais fait partie d’un processus de diversification stratégique. Deux indicateurs seront cruciaux dans les prochains mois : le nombre de VLCC enregistrés dans les eaux chinoises (actuellement 12, avec 5 en construction) et le volume de pétrole brut russe déchargé à Dalian par rapport à Primorsky. Ces données, détectables grâce aux registres maritimes et aux rapports de Vortexa, montreront si la Chine remplace véritablement l’Inde en tant que principal centre de pétrole brut russe.
Photo de Joakim Honkasalo sur Unsplash
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